Saint-John Perse : Oeuvres complètes

Télécharger Saint-John Perse : Oeuvres complètes PDF Gratuit Saint-John Perse - Aux grands textes poétiques déjà rassemblés dans Œuvre poétique I et II viennent s'adjoindre Oiseaux Chanté par celle qui fut là et Chant pour un équinoxe. Àla suite des deux célèbres discours de Suède (pour le Prix Nobel) et de Florence (Pour Dante) sont réunis une série d'hommages et de Témoignages littéraires et politiques dont la plupart n'avaient paru qu'en revue. Certains d'entre eux sont inédits. Tous sont peu connus et rassemblés dans ce volume pour la prem...
Les détails de Saint-John Perse : Oeuvres complètes
| Le Titre Du Livre | Saint-John Perse : Oeuvres complètes |
| Auteur | Saint-John Perse |
| ISBN-10 | 2070107361 |
| Date de publication | 27/11/1972 |
| Livres Format | eBook PDF ePub |
| Catégories | récits |
| Mots clés | Saint-John Oeuvres complètes |
| Évaluation des clients | 4.69 étoiles sur 5 de 37 Commentaires client |
| Nom de fichier | saint-john-perse-oeuvres-complètes.pdf |
| Taille du fichier | 28.02 MB (la vitesse du serveur actuel est 22 Mbps |
BERCEUSEPremière-Née — temps de l'oriolePremière-Née — le mil en fleursEt tant de flûtes aux cuisines...Mais le chagrin au cœur des GrandsQui n'ont que filles à leur arc.S'assembleront les gens de guerreEt tant de sciences aux terrasses...Première-Née chagrin du peupleLes dieux murmurent aux citernesSe taisent les femmes aux cuisines.Gênait les prêtres et leurs fillesGênait les gens de chancellerieEt les calculs de l'astronome :" Dérangerez-vous l'ordre et le rang ? "Telle est l'erreur à corriger.Du lait de Reine tôt sevréeAu lait d'euphorbe tôt vouéeNe ferez plus la moue des GrandsSur le miel et sur le milSur la sébile des vivants...L'ânier pleurait sous les lambrisOriole en main cigale en l'autre :" Mes jolies cages mes jolies cagesEt l'eau de neige de mes outresAh! pour qui donc fille des Grands ? "Fut embaumée fut lavée d'orMise au tombeau dans les pierres noires :En lieu d'agaves de beau tempsAvec ses cages à grillonsEt le soleil d'ennui des Rois.S'en fut l'ânier s'en vint le Roi!" Qu'on peigne la chambre d'un ton vifEt la fleur mâle au front des Reines... "J'ai fait ce rêve dit l'orioleD'un cent de reines en bas âge.Pleurez l'ânier chantez l'orioleLes filles closes dans les jarresComme cigales dans le mielLes flûtes mortes aux cuisinesEt tant de sciences aux terrasses.*N'avait qu'un songe et qu'un chevreau— Fille et chevreau de même lait —N'avait l'amour que d'une Vieille.Ses caleçons d'or furent au ClergéSes guimpes blanches à la Vieille...Très vieille femme de balconSur sa berceuse de rotinEt qui mourra de grand beau tempsDans le faubourg d'argile verte..." Chantez ô Rois les fils à naître! "Aux salles blanches comme semouleLe Scribe range ses pains de terre.L'ordre reprend dans les grands Livres.Pour l'oriole et le chevreauVoyez le Maître des cuisines.p.83-84+ Lire la suite
De nos jours Saint-John Perse est plus célébré que lu. Une admiration qui confinait à la bigoterie (le Nouvel Obs titrait à sa mort « L'éclipse du soleil ») a cédé la place aux travaux académiques sur la langue l'image la métrique ou l'inspiration. Mais aussi à la critique mesquine du monument que Perse s'est élevé dans la Pléiade (un article anonyme du Point titrait en 2015 : « Pléiadisé vivant le chef-d'oeuvre mythomane de SJP »). Or il faut lire Perse et particulièrement Anabase.Anabase est publiée en 1924 l'année du manifeste du surréalisme. André Breton voyait en Perse un « surréaliste à distance » mais les deux hommes ne se sont pas rencontrés. Alexis Leger diplomate aguerri se tenait à l'écart de toute école et surtout d'une influence aussi invasive que celle de Breton. Je présume que Breton appréciait la provocation adolescente d'Éloges : « Un chien vivant au bout d'un croc est le meilleur appât pour le requin » « La tête de poisson ricane entre les pis du chat crevé qui gonfle vert ou mauve ? » « Ceux qui sont vieux […] boivent des punchs couleur de pus » ; ou encore ses non-sens sonores à la Lewis Carroll : « Les gomphrènes les ramies l'acalyphe à fleurs vertes et ces piléas cespiteuses qui sont la barbe des vieux murs s'affolent sur les toits » (p 36 45 48 et 49 la pagination est celle de la Pléiade).Anabase est le premier poème qu'Alexis Leger signe Saint-John Perse. le titre sonore est emprunté à deux Anabases antérieures deux épopées dont le lieu est la Perse l'Anabase de Xénophon (l'expédition des Dix Mille) et celle d'Arrien (l'épopée d'Alexandre). le poète affirme que cette proximité - Anabases Perse - est un hasard (p 1108) ; peu importe. Il écrit entre deux longs silences. Il s'était tu pour gagner son pain après Eloges en 1911. Il se retire de la littérature après Anabase pour se consacrer au Quai d'Orsay et ne revient à l'écriture qu'en 1940 après sa déchéance de la nationalité Française par Vichy et son exil aux Etats-Unis.L'oeuvre est belle nette et donne du sens. La beauté d'Anabase ne se commente pas elle s'éprouve à la lecture. Sa netteté vient de l'éviction du sentimental du pittoresque du contingent. Elle expose à l'effort. le lecteur de Perse doit s'investir dans sa lecture comme celui des poètes officiels du 20ème siècle : Valéry écrit que la poésie est « la capture et la réduction des choses difficiles à dire » (Variétés p 1500) ; Char annonce que « Certains jours il ne faut pas craindre de nommer les choses impossibles à décrire » (p 632). Perse paraphrasant Héraclite écrit dans Amers : « Ils m'ont appelé l'Obscur et j'habitais l'éclat » (p 283). Il s'en explique au banquet Nobel : « La poésie n'est pas souvent à l'honneur. L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre qui est d'éclairer mais à la nuit même qu'elle explore et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain » (p 443). Beauté netteté et don du sens. Anabase dit Perse « a pour objet le poème de la solitude dans l'action » (p 1108). J'y trouve deux thèmes profonds l'enthousiasme et le désir.Le titre même d'Anabase évoque la montée de l'esprit le retour aux sources la chevauchée victorieuse. Anabase est un enthousiasme au sens originel de transport divin. C'est une utopie une uchronie d'où Perse a effacé toute référence mythologique historique ou géographique pour lui donner une valeur universelle hors du temps et du lieu. On peut deviner un récit une progression dans le poème mais c'est un récit sans fin fait d'impulsions de pauses de retours de nouveaux départs la spirale d'un souffle originel d'un tohu-bohu. Flux matériel flux spirituel flux du temps on sait par Héraclite que ces flux sont synonymes et irréversibles : on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. Dans Exil Perse fait de ce flux enthousiaste son art poétique : « Ha ! comme un gonflement de lèvres sur la naissance des grands Livres Cette grande chose sourde par le monde et qui s'accroît soudain comme une ébriété. Cette chose errante par le monde cette haute transe par le monde et sur toutes grèves de ce monde du même souffle proférée la même vague proférant Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible… » (p 126). Les cris répétés de Solitude ! des chants IV et V d'Anabase sont encore des cris d'enthousiasme. Cent ans plus tôt on aurait crié Liberté ! Pour ce sentiment glorieux d'indépendance mais en 1924 le romantisme est mort depuis longtemps et la liberté dévaluée. « Solitude ! Je n'ai dit à personne d'attendre… je m'en irai par là quand je voudrai… Et l'Etranger tout habillé de ses pensées nouvelles se fait encore des partisans dans les voies du silence : son oeil est plein d'une salive il n'y a plus en lui substance d'homme. Et la terre en ses graines ailées comme un poète en ses propos voyage… » (p 101). Cet enthousiasme est vital nécessaire et même péremptoire. le poète condamne violemment l'abandon la délectation morose l'acédie : « L'odeur puissante m'environne. Et le doute s'élève sur la réalité des choses. Mais si un homme tient pour agréable sa tristesse qu'on le produise dans le jour ! et mon avis est qu'on le tue sinon il y aura une sédition » (p 96) « Ceux-là qui en naissant n'ont pas flairé de telle braise qu'ont-ils à faire parmi nous ? et se peut-il qu'ils aient commerce de vivants ? » (p 102).Le désir est partout dans Anabase dès le premier chant : « J'aviverai du sel les bouches mortes du désir ! Qui n'a louant la soif bu l'eau des sables dans un casque Je lui fais peu de crédit au commerce de l'âme » (p 94). Ce désir est violent : « La terre vaste à mon désir et qui en posera les limites ce soir ?... La violence au coeur du sage et qui en posera les limites ce soir ? » (p 96). Shlomo Elbaz affirme que le désert est le lieu du désir (les Hébreux au désert la tentation du Christ). S'il y a un désert dans Anabase il a aussi les mers et les fleuves et les migrations les villes et les foules et dans ces foules les hommes qui s'individualisent dans la joie des sens : « Ha ! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons […] Celui qui tire son plaisir du timbre de sa voix celui qui trouve son emploi dans la contemplation d'une pierre verte ; qui fait brûler pour son plaisir un feu d'écorce sur son toit ; qui se fait sur la terre un lit de feuilles odorantes qui s'y couche et repose ; […] celui qui mange des beignets des vers de palme des framboises ; […] ou bien encore celui qui mâche d'une gomme fossile qui porte une conque à son oreille et celui qui épie le parfum de génie aux cassures fraîches de la pierre ; celui qui pense au corps de femme homme libidineux » (p 112). L'érotisme est présent dans tout l'oeuvre de Perse. Dans Anabase : « Sous quelles mains pressant la vigne de nos flancs nos corps s'emplissent d'une salive Et dans nos corps de femmes il y a comme un ferment de raisin noir » il peut être dalinien : « ah ! que l'acide corps de femme sait tacher une robe à l'endroit de l'aisselle ! ah ! que la langue du lézard sait cueillir les fourmis à l'endroit de l'aisselle ! » Il est réaliste dans Neiges (p 201) : « Et c'est ruée encore de filles neuves à l'An neuf portant sous le nylon l'amande fraîche de leur sexe ». Il est métaphore d'Héraclite dans Amers : « O femme prise dans son cours et qui s'écoule entre mes bras comme la nuit des sources qui donc en moi descend le fleuve de ta faiblesse ? M'es-tu le fleuve m'es-tu la mer ? ou bien le fleuve dans la mer ? M'es-tu la mer elle-même voyageuse où nul le même se mêlant ne s'est jamais deux fois mêlé ? ». Anabase s'achève ainsi : « Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre appuyé du menton à la dernière étoile il voit au fond du ciel à jeun de grandes choses pures qui tournent au plaisir […] Et paix à ceux s'ils vont mourir qui n'ont point vu ce jour » (p 117).Tout cela est interprétation. Comme un acteur interprète une pièce ou un pianiste une sonate le lecteur d'un poète difficile s'engage et interprète : « J'écris la moitié d'un poème et le lecteur écrit l'autre » disait Valéry (Cahiers). Dans notre siècle tenté par un retrait hostile il faut lire celui qui écrit « Ouvre ta paume bonheur d'être… » (Amers p 141) : il nous donne une formidable confiance dans le réel et dans la présence des autres vivants.+ Lire la suite
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